
Au mouillage face à la Croisette, impossible de le rater : le Remington, élégant yacht de 1946 à la poupe majestueuse, est l’une des dernières œuvres d’art flottantes encore en activité. Racheté aux enchères à Toulon il y a un an par Philippe Bertin, ancien promoteur immobilier breton devenu Cannois, le bateau qui fit le bonheur du réalisateur Visconti, Palme d’or à Cannes en 1960, poursuit aujourd’hui une nouvelle vie. Rencontre à bord avec un propriétaire pas comme les autres, qui se définit d’abord comme un protecteur du patrimoine.
Bonjour Philippe, pourriez-vous vous présenter à mes lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Bonjour Laurent, je m’appelle Philippe Bertin. J’habite à Cannes depuis 2016. Je suis originaire de Bretagne. J’avais une activité de promotion immobilière à Rennes puis à Saint-Malo. Et je suis aussi un amoureux de la mer et des bateaux. L’acquisition du Remington s’est faite un peu par hasard, l’année dernière.
Vous avez toujours été passionné par la mer, par les bateaux, et notamment les bateaux anciens ?
J’ai toujours aimé la mer, mais tardivement. J’ai été « voileux » assez tard dans ma vie, parce que petit, je n’ai pas été inscrit, comme beaucoup d’autres enfants, à des écoles de voile. Mais j’ai toujours aimé la mer et les bateaux — plutôt les bateaux classiques, les voiliers de 10-12 mètres.

Pourrions-nous dire un mot sur ce fameux bateau dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, le Remington 1946 ?
J’ai tout de suite été séduit par la forme de ce qu’on appelle la poupe — c’est-à-dire l’arrière du bateau. Quand j’ai vu le navire au Port Canto la première fois, je connaissais son capitaine, Éric, par une amie en commun. Et l’année dernière, au mois de mars-avril, on m’a dit qu’il était à vendre, mais sans vraiment l’être. Et le hasard a fait qu’il m’a été vendu aux enchères à Toulon l’année dernière, au mois de mai — pendant le Festival de Cannes.
C’est indiscret de notre part de vous demander la valeur d’un tel navire ?
Ce qui est important, c’est l’entretien annuel. Ce n’est pas tellement l’investissement, c’est l’entretien qui demande un budget conséquent.
Quelles sont vos projets ?
À titre personnel, j’aime l’art, et à mes yeux, le Remington est une œuvre d’art flottante. Mon défi, c’est de le faire vivre, de l’exploiter commercialement pour en faire un objet de luxe. Je ne veux pas faire de « grand public », avec beaucoup de gens sur le bateau. L’esprit de ma démarche doit rester intimiste.

Justement, il y a eu des célébrités qui sont venues visiter le bateau ?
Oui, du fait de son histoire. Remington était ami avec Fellini, et ce dernier a remporté la Palme d’or au Festival de Cannes en 1960. Le bateau était en Italie, à Rome, pendant le tournage du « Guépard », de Visconti. C’était un navire qui portait chance : Visconti et Fellini ont tous deux eu la Palme d’or à Cannes, du coup, tous les artistes voulaient venir sur le bateau.
Quelles sont vos ambitions maintenant que vous en êtes propriétaire ?
Mon ambition, c’est qu’il soit visité par le plus de gens possible, mais des gens de qualité. Je souhaiterais qu’il devienne le lieu privilégié pour des événements culturels, mais aussi purement commerciaux. Mon objectif est d’arriver à l’équilibre budgétaire. Mais, bien sûr, mon ambition ultime est de le protéger et de le conserver. Mon métier, c’est un peu protecteur du patrimoine.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous faire passer à mes lecteurs ?
Le principal, à mes yeux, reste la protection du patrimoine. Longue vie au Remington ! Et j’ai prévu, comme j’ai déjà un certain âge — je suis seulement usufruitier — de confier à ma fille son exploitation et sa conservation, car elle vit à Marseille. C’est ça que je veux : la continuation dans le temps, dans le temps long, voire très long. Je souhaite aussi que le Remington reste basé à Cannes, parce qu’il a vraiment une histoire avec cette ville. Cannes aussi a un intérêt — ce sont des intérêts conjoints.
Plus d’informations en cliquant sur ces liens :
https://www.oremington.com
https://www.instagram.com/goelette_oremington
Propos recueillies par la rédaction














